Old school/New School: alors, est-ce que c’était mieux avant ?

Paris- 14H30 – Brasserie La Galinette Cendrée.

Conclusion gastronomique d’une matinée sportive. Accompagnée de trois compères de footing, je picore mollement le steak frites dans mon assiette et m’apprête à détruire consciencieusement tous mes efforts de marathonienne.
La course nous a épuisées et nous n’échangeons que quelques rares mots logistiques pour assurer la bonne circulation du sel et du poivre.
Guidé par ma fatigue et mon ennui, mon esprit s’évade…et entraîne avec lui mes oreilles jusqu’à la table située juste à notre droite.

Deux hommes, en bien meilleure forme que mes copines et moi, discutent bruyamment et à grand renfort de gestes :

« Je suis désolé, dit l’un, mais celui qui ose dire que l’industrie musicale aujourd’hui ne part pas en couille a de la merde dans les oreilles !
-Quoi ?? Mais tu ne peux pas dire ça…»
Le plus petit du duo, un brun aux faux airs de José Garcia, se lève presque de sa chaise en répondant à son ami.
« …il y a PLEIN de purs artistes !
– Pffff…tous formatés ! »
Pour appuyer sa phrase, le grand – qui lui, ressemble beaucoup à Omar Sy mais avec des taches de rousseur et une chevelure blonde et bouclée – projette la tête en arrière et grimace en toisant son pote avec un mépris provocateur.
#Dramakings
Je décale ma chaise discrètement pour avoir une vue directe sur leur table.
Le petit renchaîne, rouge d’indignation :
« Tous formatés ? MAIS N’IMPORTE QUOI ! Betoko, Daniel Fernandes, Compuphonic…ils sont formatés peut-être ? Kolombo, Anja Schn…
– Beta… quoi ? Mais putain mais c’est qui ça ?
– Ah ok, crache le petit qui est maintenant presque debout sur la table postillonnant et hurlant sur le visage de l’autre, en fait c’est pas les artistes qui sont formatés ou l’industrie qui part en vrille, c’est toi qui connait rien à rien! BE-TO-KO ! Il faut un peu sortir de ta caverne et là on pourra parler sérieusement de musique.
-Nan mais attends, fais pas ta snobinarde, tes artistes indie là, personne les connaît ! Qu’ils soient bons ou pas, on s’en fiche, ils sont pas montrés en exemple. »

Quand il dit « exemple », le grand fait le signe des guillemets bien dans la face à son pote pour lui rendre son énervement.
Ça marche. José Garcia utilise sa serviette de table pour frapper ses doigts et les dégager.
« Quel exemple ? poursuit-il en continuant d’agiter la serviette devant lui, mais de quoi tu parles ? T’es vraiment de mauvaise foi et prêt à raconter tout et n’importe quoi !
– Parce que pour toi l’EXEMPLE c’est n’importe quoi ? »

Omar Sy a pompé tout l’air dans ses poumons pour sortir cette phrase, il est tellement rouge qu’on ne voit plus ses taches de rousseur. José est content, alors qu’on voit qu’il commence à comprendre ce que veut dire son ami, il fait comme si de rien et répète en hurlant et roulant des yeux :
« QUEL EXEMPLE ?
– L’exemple qu’on donne aux plus jeunes, aux gosses…aux oreilles neuves !
– Ouais bah quoi ?
– Bah, de nos jours il est pourri ! J’veux bien croire que tes artistes indé là à 10000 vues sur youteube, ils déchirent… mais on s’en fout ! Ce qui compte c’est ce qui passe en masse, en continu, sur la toile, sur les ondes, à la télé…C’est ça qui sert d’exemple, qui éduque les jeunes ! Et aujourd’hui, si tu regardes : les grandes radios, ce qu’elles passent… les clips qu’on diffuse 150 fois par jour sur les chaînes « musicales », ou même les trucs qui buzzent sur internet…et bah c’est- de -la MERDE! »
Omar étire très grand la bouche pour dire caca.

Avant de répondre, José Garcia tape sur la table du style « roulement de tambour ».
« Mesdames et messieurs, oyez, oyez, Steven mon pote ici présent est en fait : un gros ringard réactionnaire ! »
Hum, Omar Sy-blond s’appelle Steven en vrai, tant pis moi je continuerai à l’appeler Omar dans ma tête.
Il ne parle plus et il a l’air tout fâché. Il s’est fatigué à faire un speech tout long et tout bien réfléchi et son pote José le traite de ringard. Han, j’aurais pas aimé…

Et vlà t’y pas qu’ le José continue de plus belle :
« Désolé mec, mais les discours comme le tien, ça fait chier : c’était mieux avant…pff mais quoi et quand exactement ?
– Quoi ? Eh bah tout ! Les mecs qui remplissent les stades aujourd’hui n’ont même pas le niveau des animateurs de centre commercial de l’époque !
– De l’époque…mais mec, tu t’entends parler, on dirait que t’as soixante piges.
– J’ai pas soixante piges mais je sais ce que j’entends. Et pas la peine de remonter loin, rien qu’en regardant…entre ce qui se faisait ne serait-ce qu’il y a dix ans et ce qui se fait aujourd’hui…Ça a plu rien à voir ! »

J’attends avec excitation la prochaine pique, réponse du petit, mais une tape sur mon bras vient me déconcentrer et m’empêche de l’entendre. Mes copines se sont réveillées et se lèvent pour partir. Je n’aurai pas la suite.

En passant devant la table des deux bonhommes, je ne peux m’empêcher de lancer au grand : « T’étais super dans X-men ! »

De ce déjeuner, je retiens deux choses : la transgression c’est bon ! Une conversation que l’on n’est pas censé écouter devient du coup, passionnante… Et, le débat old school/new school est intemporel !

Car ce n’était pas la première fois bien sûr que j’entendais cette opposition entre des partisans du « c’était mieux avant » et ceux du « c’est toi qui ne comprends pas l’époque ».

Alors, en regardant autour de moi, en écoutant autour de moi, je me suis demandée : est-ce que c’était vraiment mieux avant ?

Tiens, prenons la musique puisque c’était le thème central de la dispute des deux amis : subit-elle vraiment une perte de qualité ?
C’est un truc dont on entend régulièrement beaucoup de personnes se plaindre. Depuis l’invention du premier disque peut-on supposer !

Dès que l’homme a pu enregistrer ce qu’il faisait, il a pu le comparer avec ce qu’il allait faire !

Et c’est ainsi que nous nous retrouvons avec ce schéma : une génération regardant avec plus ou moins d’appréciation une autre génération, plus jeune,  qui à son tour, vieillissant, regardera celle qui suit…

Mais est-ce que tout part réellement en vrille au fur et à mesure ou sommes-nous juste nostalgiques ?

Le Hip Hop par exemple, combien de fois a-t-on entendu qu’il était mieux avant !
Je le pense parfois moi-même ! Mais pas à propos de TOUT le milieu hip hop, juste sur certains points. Je trouve par exemple, qu’au niveau des paroles, les choses se sont disons…simplifiées. Il fut un temps, les textes étaient plus élaborés, aujourd’hui on dirait que les ego trips sont l’unique option…
Mais ce n’est qu’un critère parmi d’autres, bien sûr les amateurs de rap « conscient » doivent être un peu en dèche en ce moment, mais l’époque propose autre chose.

Beaucoup de musicalité par exemple !

Je ne sais pas si des génies comme Notorious Big, émergeront à nouveau de la terre Hip Hop – ni même si la société actuelle leur laisserait la place qu’ils méritent – mais il y a assez fréquemment des vagues venues des Etats-Unis qui nous ramènent – à défaut de la profondeur des lyrics tant regrettée par certains – de la fraîcheur et de la diversité.
Chez, les ricains, il y a toujours une nouvelle tendance (d’ailleurs si ce n’est pas déjà fait, allez lire mon article au sujet du phénomène Dab venu tout droit d’Atlanta ) !

Bref, on relativise quoi !
Art, musique, fringues, bouffe, comportements…tout ça n’est que matière, modelée par les contextes, les époques et les personnes qui les traversent.

old people bench

On peut regarder le monde, trouver qu’il va en perdition, que la jeunesse n’est plus ce qu’elle était…

Mais on peut aussi, en cherchant bien, trouver des choses qui nous correspondent même si elles ne sont pas parfaites, et en profiter en sachant de toute façon que le brand new d’aujourd’hui sera  le old school de demain !

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